« La Terre Promise n'est pas d'abord un pays où coule le lait et le miel mais un pays dont Dieu prend soin ; le peuple d'Israël y reçoit de Dieu ce dont il a besoin ; il ne vit pas de l'abondance mais de l'abandon à la Providence » s'exclame Michel Sultan notre guide. Dans un scénario parfait, le père Jean-Luc après avoir lu la citation biblique correspondante (Dt 11, 10-12) poursuit par un développement spirituel. Devant eux, sous un soleil de plomb, 25 séminaristes carnets en mains, essayent de noter rapidement tous les liens qui se font avec les différents cours qu'ils ont suivis et chacun des éléments qui leur permettront une prière et des partages plus riches, au séminaire, dans les paroisses et partout où ils seront envoyés.
Ce petit groupe est constitué des séminaristes formés au séminaire de Lille ainsi que de quelques séminaristes extérieurs et d'un jeune prêtre. Ils sont arrivés le 3 juillet pour deux semaines de voyage d'étude, conduits par le père Jean-Luc Garin, professeur d'Ecriture Sainte, et accompagnés par les pères Régis Devaux (du séminaire de Lille) et Lionel Dewavrin (jeune prêtre étudiant à l'Institut Biblique Pontifical à Rome).
Ce pèlerinage n'est pas tout à fait comme les autres. Loin des hôtels et des restaurants de pèlerins, les séminaristes, sac sur le dos, vont la plupart du temps bivouaquer et faire leur propre cuisine. Ils doivent aussi être particulièrement attentifs car après ces deux semaines, beaucoup d'entre eux auront, la charge de retransmettre ce qu'ils auront reçu aux étudiants du pèlerinage « Aux Sources » qui les rejoindront.
En arrivant sur cette terre, les attentes sont nombreuses : « Je baigne dans le fleuve de la vie chrétienne depuis mon baptême (quelques mois après ma naissance). Ce fleuve a une source spirituelle mais également terrestre : c'est la Terre Sainte ... lieu où Dieu s'est révélé, lieu où Dieu s'est incarné, lieu où Dieu nous a montré à quel Il nous aime. C'est une chance de pouvoir mettre mes pas dans ceux de Celui qui est la Source. » exprime Richard.
Au désert
Après presque un an de préparation, nous atterrissons, sous la chaleur suffocante, à Tel-Aviv, et nous partons au désert, lieu de l'Exode, de la préparation, de la rencontre. Notre descente vers le sud est ponctuée de visites qui nous font découvrir des forteresses et des villes anciennes nous révélant la vie de ces peuples, si souvent évoqués dans la Bible, qui depuis parfois 5000 ans, y habitent, creusent des citernes, bâtissent et re-bâtissent dans ces lieux inhospitaliers, au gré des conflits qui les opposent aux puissances qui les entourent.
« Je découvre que la Révélation s'inscrit dans le temps ; il y a une pédagogie de Dieu. Ce que nous étudions, c'est l'histoire de la Révélation mais ce que nous contemplons, c'est la Révélation dans l'histoire » retient Sébastien.
Le désert est aussi l'occasion de prier et de méditer la Parole de Dieu, lors des messes, points forts de nos journées, toujours dans des cadres merveilleux, pendant des temps de lectio-divina quotidiens (lecture priée de la Bible) ou au cours des marches.
« La marche au désert m'a fait découvrir l'importance de l'eau sans laquelle aucune vie n'est possible, exprime Arnaud ; je mets des images et des sensations sur ma propre soif spirituelle, sur mon aridité de cœur ou sur la vie qui est en nous si fragile et si belle. »
Notre route nous mène jusqu'à la Mer Rouge avant de remonter jusqu'à la Mer Morte dominée sur les hauteurs par la célèbre forteresse de Massada. Nous y évoquons la vie d'Hérode le Grand, puis à Qumran le judaïsme et les attentes messianiques à l'époque de Jésus. « Cela me permet de me familiariser avec l'histoire biblique, confie Christophe, on ne met pas seulement des images sur ce que l'on connaît mais on y comprend le contexte dans lequel se déroulent les évènements. »
En Galilée
L'arrivée sur le Jourdain marque la deuxième étape de notre pèlerinage : la Galilée. C'est une rupture géographique ; tous les paysages verdissent, les champs et les plantations de bananes apparaissent. C'est aussi une rupture historique et spirituelle. Nous entrons dans la région où a vécu Jésus ; le désert où à mûri notre attente disparaît et la traversée du Jourdain nous fait pénétrer dans le mystère de l'Incarnation.
Accueillis chez les frères franciscains de Tabga, au bord du lac de Tibériade, nous faisons mémoire de la multiplication des pains, du don des Béatitudes, de la primauté de Pierre. Après Capharnaüm, nous visitons bien d'autres lieux qui, chacun, évoquent quelque chose de notre Foi : le mont Tabor, le mont Carmel, Cana, etc. Nous partons ensuite chez les Sœurs de Nazareth qui nous font visiter les fouilles sous leur maison : le tombeau, avec une pierre roulée, contemporain de Jésus restera une image forte. Le lendemain comme prévu, nous rencontrons 40 séminaristes du diocèse de Paris, qui vivent également de leur côté une « Bible sur le terrain ». Ensemble, nous célébrons l'Annonciation à la basilique.
Vers Bethléem et Jérusalem
Après quelques haltes (Séphoris, Césarée maritime, Megiddo...), nous arrivons dans la région de Jérusalem, troisième et dernière étape de notre pèlerinage. Après la basilique de la nativité de Bethléem, nous sommes reçus au séminaire de Beit Jalla par le supérieur, Mgr Shomali. « Ce qui nous fait tenir, c'est la même chose que vous ! » nous dira t-il en plaisantant, sans nous cacher les difficultés des chrétiens de Terre Sainte qui ne sont aujourd'hui plus que 2% (contre 10% il y a un siècle).
Les jours suivants sont consacrés à la visite de Jérusalem. « C’est une ville surprenante, confie Sébastien, je m'imaginais les Lieux Saints plus harmonieux, plus spirituels, malgré cela, je trouve qu'il est vraiment beau de suivre les pèlerins qui depuis des siècles nous précèdent ».
A leur suite, nous célébrons la Passion, avec une veillée marquante de réconciliation au lieu du reniement de saint Pierre. Nous avons également eu la chance d'aller de bon matin célébrer la messe de la Résurrection au tombeau vide. Ce fut une émotion particulière pour Benoît ordonné au mois de juin dernier qui a présidé cette Eucharistie.
Jérusalem est aussi l'occasion de rencontrer des témoins qui nous ont fait partager leur mission : le père Alain Marchadour, bibliste, nous initie non pas à la géo-politique mais à la « géo-théologie » nécessaire pour comprendre un peu cet « orient compliqué » ; le père David Neuhaus, juif converti au catholicisme devenu jésuite, personnalité multi-culturelle, fin connaisseur de la politique actuelle, évoquera la nécessité de réhabiliter la lecture chrétienne de la Bible : « elle a quelque chose à apporter au monde. Nous ne sommes pas le peuple du Nouveau Testament, mais celui de l'union de l'Ancien et du Nouveau Testament ». « Je trouve que c'est un beau témoignage, dira Christophe, car à partir d'un attachement authentique au Christ, le père Neuhaus a développé une foi solide qui lui permet d'entrer en contact avec les autres religions. »
Nous avons également rencontré le Père Joseph Sadghini vicaire général du patriarcat melchite pour une leçon de théologie en couleur, à partir des fresques et des icônes de la cathédrale greco-catholique. Le lendemain le frère Olivier, du monastère d'Abu Gosh, témoigne de sa mission lorsqu'il accueil au monastère les soldats israélien pour leur faire découvrir le christianisme. Ce fut un beau témoignage de dialogue judéo-chrétien.
Après Jérusalem, notre périple s'achève à quelque kilomètres de Jaffa (Joppé) où Pierre eut la vision (Ac 11, 5) qui lui fit proclamer la Bonne Nouvelle à toutes les nations (Ac 10, 34). A sa suite, nous accueillons les étudiants pour le pèlerinage « Aux Sources ». Nous pouvons faire nôtre, la devise du séminaire spes messis in semine (L’espoir de la moisson est dans la semence). En effet, le temps est venu de semer au cœur de ces jeunes un peu de ce que nous avons trouvé ici : pas des vieilles pierres, ni des églises ou des connaissances, mais le Christ ressuscité !
Charles Rigail